Billets d'humeur

Celle que je devais être VS la maman que je suis

Avant d’être maman, nous sommes toutes pleins de principes. Nous avons des difficultés à nous projeter mais on imagine. On s’imagine. On se dit qu’on sera de telles ou telles façon, on se dit qu’on agira de telle ou telle manière, on se dit qu’on aura des principes, qu’on défendra ces principes-là contre vents et marées. On se dit que ce n’est certainement pas un petit machin en couche culotte qui va arriver à perturber tout cela…

Je me voyais aimante, patiente, câline, à l’écoute…je devais être comme ça. Ça devait être facile. J’avais un peu la pression, ma propre mère avait tellement été parfaite que le défi semblait quand même difficile à relever. Mais tranquilou, sans pression j’y allais.

Ce qui me faisait peur à moi ce n’était pas l’éducation. Finger in the nose l’éducation.

C’est le nourrisson qui me faisait peur. Parce que j’ai un secret à partager : je n’aime pas les nourrissons ! Le côté fragile, sans parole, le bébé complètement dépendant m’effraie.  Ma petite souris est pas restée nourrisson bien longtemps, elle dormait très peu, a été expressive très tôt, s’est déplacée très (très) tôt, du coup le nourrisson ne m’a pas cassé les pieds pendant trop de temps (et c’était franchement parfait).

Je pouvais donc naviguer sur la rivière de l’enfance « facilement » …

Comment te dire ?… Ça c’est dans tes rêves ma belle ! En y repensant, j’aurais préféré qu’elle reste nourrisson pendant 2/3 ans le temps de me préparer psychologiquement à ce qui aller arriver. Parce que oui, il arrive un truc après…et ce n’est pas de tout repos.

Grâce à ma fille, j’ai découvert la partie sombre…de moi-même. Je pourrais dire aussi que grâce à ma fille, je vis du côté obscur la plupart des jours de la semaine. Je pourrais dire aussi que grâce à elle, tous mes principes se sont effondrés, mon seuil de tolérance a disparu tellement que je suis à fleur de peau et aussi mais surtout la remise en question fait partie intégrante de ma vie. Ma fille je t’aime mais qu’est-ce que tu me bouscules…

Je devais être parfaite, ou en tout cas je devais me rapprocher un max de la perfection. Je devais être cette mère que j’idéalisais. Bon j’ai foiré. Un peu.

Je devais être cette mère aimante, quoiqu’il arrive. Je pensais être capable d’aimer tellement fort. Cette amour si fort devait me servir de carapace et devait m’aider à endurer, devait m’aider à garder mon self contrôle en toutes circonstances. Bon… tu as bouffé mon self control un matin au petit déjeuner avec tes céréales. Je ne vois pas d’autres explications. Je m’énerve tout le temps et pour rien. Je crie en permanence, et tu me fatigues. La carapace a ramolli, et je suis prête à dégainer une punition aussi vite que mon ombre.

Je devais être une maman au taquet de la bienveillance. J’avais lu des millions de choses avant ton arrivée. J’étais prête. Bon…finalement l’éducation punitive, une fessée ou deux n’ont jamais tué personne. La bienveillance, ca veut dire quoi ça déjà ? connait pas…

Je devais être super-méga-hypra organisée. Bon… c’est une catastrophe! On touche le fond. On frôle l’incident diplomatique très souvent, par chance aucun drame à déplorer. Tu as dû bouffer mon « bon sens » en même temps que mon « self contrôle ». Je suis constamment en retard, j’oublie tout, je t’enfile ton tricot de peau sur le parking de l’école le matin parce que je l’ai zappé au moment de l’habillage. Je fais ton cahier de « vacances » le dimanche soir avant la reprise à 23h parce que j’ai repoussé pendant 15 jours en disant « c’est bon j’ai le temps ». C’était mon tour d’apporter les collations à l’école… c’était fin septembre, je suis (un peu) à la bourre.

Je devais vouloir que le meilleur pour toi. Le bio, les plats faits-maison, le 100% bio tissé à la maison, les chaussures à méga renforts pour avoir la démarche de Claudia Shiffer (j’aurais bien cité Naomie Campbell…mais au vu de la blondeur de tes cheveux…). Je devais avoir le temps pour ça. Bon, les coquillettes-jambon c’est quand même super bon, et puis Alieexpress fait de très belles petites robes je trouve. Et les couches d’Intermarché…je n’en parle même pas…

Je devais être une maman pimpante. Clinquante. Belle. Epanouie… à toi la fatigue qui me ronge, qui m’épuise, creuse mon visage, me fait répéter 10 000 fois par jours la phrase « je suis fatiguee »  ==> F**Ck !!!

Je devais te comprendre. Je pensais que notre relation serait une relation fusionnelle, mais dans le sens positif du terme. Je pensais que la moindre minute passée ensemble serait une minute de bonheur. On devait s’aimer, s’amuser, se câliner et puis c’est tout. Sauf que Toi et Moi on n’est pas sur la même longueur d’onde. Toi et Moi ça détonne. Toi et Moi c’est l’explosion. Toi et Moi c’est l’affront, permanent, latent… Le conflit mère-fille, déjà, à seulement 3 ans. Tu m’aimes très fort et tu me déteste autant que tu m’aimes. Tu es jalouse, il ne faut pas que je sois plus belle que toi, il ne faut pas que mes cheveux soient détachés si les tiens sont attachés. Il ne faut pas que je sois en robe si tu as un pantalon. Il ne faut pas que ton père me parle. Il ne faut pas que je parle de toi quand nous sommes en public…tu me demandes alors de me taire, avec ton regard méchant. Tu t’autorises à me dire que tu m’aimes à la folie, jusqu’au ciel, le soir, dans ton lit, quand on est que toutes les deux, alors là enfin, tu baisses la garde. Mais pour le coup, moi je t’aime pour deux, pour trois, pour mille, alors je tiens bon…

J’ai ouvert ce blog en parlant des difficultés que j’ai rencontrées pour devenir maman, non pas pour tomber enceinte (même si de ce côté aussi il y en a eu des difficultés) mais pour tenir le rôle. Ce rôle qu’on imagine, qu’on concocte de toutes pièces mais aussi qu’on nous dicte : le corps médical, l’entourage familial, notre éducation, nos rêves de petites filles…

Même si je ne me suis jamais réellement pensée Maman je crois, j’avais quand même une idée de ce à quoi ça devait ressembler. Et je me suis plantée. Parce que c’est encore mieux que ce que j’avais imaginé. C’est le bordel, l’improvisation totale, la vie à 100 à l’heure, l’ascenseur émotionnel tous les jours. Tes « je t’aime » en cachette valent 1000 crises de colères parce que tu veux voir cet abruti de Peppa pig alors que je refuse.  Tu m’as appris à lâcher prise, en tout cas j’essaie, j’y suis presque, je crois que j’y arrive. Tu m’as appris à sourire quand je te vois te rouler dans la poussière (merci mon copain Spiderman)  alors qu’on avait mis le pantalon neuf. Tu m’as appris à rire quand tu t’autorises à danser en pleine grande surface et que les gens t’encouragent en tapant des mains (si véridique) alors que je n’ai pas le temps et que surtout je suis morte de honte. Tu m’apprends chaque jour.

Tant pis pour la maman parfaite, si elle existe je suis certaine qu’elle est autant épuisée que moi, que nous. La maman imparfaite a largement remporté la bataille. Je suis certainement la maman imparfaite la plus heureuse du monde, je fais de mon mieux, tu l’accepte et tu me le rends si bien…

 

 

 

5 réflexions au sujet de “Celle que je devais être VS la maman que je suis”

  1. J’adore toujours autant te lire…sacrée toi!
    Des sourires… aux frissons…jusqu’aux éclats de rire …on passe par toutes les émotions …décidément j’aime trop 🙂
    J’approuve ton acceptation pour la bouillasse…avoue c’était marrant 🙈
    Tu crois que moi je m’étais dit une seule fois que je le laisserai faire ce genre de choses ?🙄🤔 sauf qu’ils nous apprennent à accepter et à sortir de nos cases… et la pub pour petit bateau à bien raison au final 😊
    Ils nous filent des boutons ces gosses 🤣

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  2. C’est marrant parce que je trouve aussi que l’enfant fait ressortir notre « côté sombre » pour reprendre ton expression nous renvoyant, en miroir, tous nos petits défauts. En élevant ma fille c’est aussi moi-même que j’ai éduqué e5 ça je ne m’y attendais clairement pas.
    Après la mère parfaite c’est aussi celle qui est totalement imparfaite, avec ses qualités et ses défauts. ^^

    Annaelle

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  3. Ce soir?! Ben j’ai pas le moral….je n’arrive même pas a me coucher alors que je suis épuisée. et demain 29 tetes blondes(ou brunes!) seront a 10 000…te lire m a fait pleurer…car si j’ai pas le moral ce soir justement c’est que je me sens une maman si imparfaite …..merci pour ces mots que tu as écrit ils vont m aider a monter les escaliers et aller me reposer quelques heures ….juste merci ..
    Virginie

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